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samedi 14 décembre 2013

Zimbabwe- Un enfant noir aux yeux bleus

La photographe Vanessa Bristow, qui travaille pour la revue Safari, qui était en visite à Marimani au Zimbabwe, a fait une rencontre originale, voire exceptionnelle.
Alors qu’elle était à la recherche de son chien, la photographe Vanessa Bristow, photographe notamment pour Safari, est tombée sur un groupe d’enfants qui jouait. Son attention est rapidement attirée par le regard de l’un d’entre eux, Thomas. Il a une couleur d’yeux inhabituelle pour un habitant de cette région. Il a les yeux d’une couleur bleue intense. La photographe l’a alors baptisé « L’enfant aux yeux saphir ». Elle a ensuite gagné la confiance de la mère de l’enfant pour avoir la permission de le photographier.
« C’est possible que c’était la première fois qu’il voyait une personne à la peau blanche, et sa fascination pour moi, ou pour l’appareil photo, est clairement évidente », a expliqué Vanessa Bristow.
Quelques semaines plus tard, l’enfant souriait devant l’objectif, toujours avec cette couleur d’yeux intense.
Pour prouver son originalité, la photographe a fait appel à un ami ophtalmologue qui explique comment cette couleur d’yeux est possible. « C’est probablement un albinisme oculaire, affirme l’ophtalmologue. Cette maladie génétique fait que l’iris est dépigmentée ».
L’albinisme oculaire présente plus souvent des yeux de couleur verte ou marron clair. Cependant, c’est la lumière reflétée dans la cornée qui leur donnera leur couleur. L’albinisme oculaire ne concerne que les yeux puisque la peau du sujet reste pigmentée. Il est accompagné de strabisme et d’une baisse de vision. La jeune femme rapportera qu’elle n’a remarqué aucun de ces faits décrits, à part la couleur des yeux de l’enfant.

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L’amertume de Winnie Mandela : « Nelson Mandela nous a laissé tomber »

L’écrivain indien prix Nobel de littérature en 2001 V. S. Naipaul et sa femme ont rencontré Winnie Mandela chez elle à Soweto. L’ex-épouse du premier président noir du pays est très amère. Elle a des mots très durs pour le héros de la lutte antiapartheid.
 
Avec mon mari, nous venons de traverser l’Afrique. La dernière étape de notre voyage nous mène enfin en Afrique du Sud, un pays indissociable du nom de Mandela. A l’origine, mon mari hésitait un peu à venir ici, mais il a fini par écouter son instinct. Il nous a conduit jusqu’à Soweto, devant la porte de l’énigmatique Winnie Mandela, une femme aussi souvent acclamée que vilipendée. A la fin des années 1980, Winnie s’était entourée de gardes du corps peu recommandables, le Mandela United Football Club, qui semaient la terreur dans Soweto.
 
Le capitaine du club était Jerry Richardson, mort dans sa cellule en 2009 alors qu’il purgeait une peine à perpétuité pour le meurtre de Stompie Moeketsi, un gamin de 14 ans enlevé avec trois autres garçons et battu à mort dans la maison où nous serons bientôt assis autour d’une tasse de café. Winnie a été condamnée à six ans de prison pour enlèvement, peine qui en appel a été réduite à une simple amende. Les membres du gang ont par la suite affirmé devant la Commission vérité et réconciliation qu’elle avait été l’instigatrice de ce meurtre et qu’elle y avait même participé directement.
 
Avant de devenir célèbre, Winnie habitait dans l’une des étroites ruelles encombrées bordée de petites maisons de brique et de tôle ondulée. Soweto est toujours un township majoritairement noir. Les touristes viennent s’extasier devant ces rues associées à la liberté, à l’apartheid et à Mandela.
« J’ai entretenu la flamme du mouvement, commence-t-elle. Vous êtes passés dans le township. Comme vous l’avez constaté, il est toujours aussi sordide. Pourtant, c’est ici que nous avons jeté la première pierre. Ici que nous avons versé tant de sang. Rien n’aurait pu arriver sans le sacrifice du peuple – du peuple noir.
Le Congrès national africain (ANC) était en exil. Tous ses leaders étaient soit en fuite, soit en prison. Et il n’y avait personne pour rappeler à ces gens, aux Noirs, l’horreur de leur réalité quotidienne ; quand quelque chose d’aussi anormal que l’apartheid devient une réalité quotidienne. C’était notre réalité. Et quatre générations avaient vécu avec – comme un peuple nié. »
Winnie parle de Mandela avec beaucoup de désinvolture, comme si ce nom ne comptait pas véritablement pour elle – ne comptait plus. « Pour ma famille, le nom de Mandela est un poids qui pèse sur nos épaules. Vous devez tous comprendre que Mandela n’a pas été le seul homme qui a souffert. Il y en a eu beaucoup d’autres, des centaines, qui ont macéré en prison et sont morts.
 
Notre combat comptait beaucoup de héros, restés anonymes et méconnus, et il y en avait d’autres aussi dans le leadership, comme le malheureux Steve Biko, mort tabassé, dans une atroce solitude. Quand Mandela est entré en prison, c’était un jeune révolutionnaire fougueux. Et regardez l’homme qui est sorti, dit-elle en prenant l’écrivain à témoin.  Mandela nous a laissé tomber. Il a accepté un mauvais accord pour les Noirs.
Economiquement, nous sommes toujours exclus. L’économie reste très blanche. Il y a bien entendu quelques Noirs alibis, mais tant de ceux qui ont donné leur vie pour ce combat sont morts sans en avoir touché les dividendes. » Elle est peinée. Son visage brun sans une ride a perdu de sa douceur. « Je ne peux pas lui pardonner d’avoir reçu le Nobel [en 1993] avec son geôlier, Frederik De Klerk. Ils y sont allés la main dans la main. Vous pensez que De Klerk l’a libéré par pure bonté d’âme ? Non. Il n’avait pas le choix. C’était dans l’air du temps, le monde avait changé, et notre lutte n’était pas un feu de paille. C’était une lutte meurtrière, pour dire le moins, et nous avions donné des fleuves de sang. Je l’avais maintenue vivante avec tous les moyens dont je disposais. Regardez cette farce que constitue la Commission vérité et réconciliation. Il n’aurait jamais dû accepter.
 
Qu’est-il sorti de bon de la vérité ?
En quoi aide-t-elle qui que ce soit à savoir où et comment leurs proches ont été tués ou enterrés ?
 
Quand l’archevêque Tutu, qui a fait de tout cela un grand cirque religieux, est venu ici, poursuit-elle en montrant une chaise vide, il a eu le culot de me demander de comparaître. Je lui ai servi quelques vérités bien senties. Je lui ai dit que lui et sa bande de crétins n’étaient assis là que grâce à notre combat et grâce à MOI. Grâce à tout ce que moi et des gens comme moi avons fait pour gagner la liberté. »
 
Winnie a tout de même comparu en 1997 devant la Commission vérité et réconciliation, qui, dans son rapport, disait d’elle : « La Commission estime que Mme Mandela a elle-même commis des violations grossières des droits de l’homme. » « Je ne suis pas seule, reprend-elle. Les gens de Soweto sont encore avec moi. Regardez ce qu’ils lui font faire. Le grand Mandela. Il n’a plus de pouvoir ni même voix au chapitre. Ils ont dressé cette énorme statue de lui en plein milieu du quartier blanc le plus riche de Jo’burg, pas ici, où nous avons versé notre sang et où tout a commencé. Mandela est devenu une fondation institutionnalisée. On le trimballe dans le monde entier pour lever des fonds et lui est tout content de jouer le jeu. L’ANC l’a mis sur la touche, mais le garde comme figure de proue pour sauver les apparences. » Derrière ses verres teintés de gris, ses yeux jettent des éclats de colère. Pour elle, ce n’était rien moins qu’une trahison économique. « Rien n’a changé pour les Noirs, mis à part le fait que l’apartheid a officiellement disparu », dit-elle en laissant son regard se promener distraitement sur un portrait de Mandela. Si lui était prêt à tirer un trait sur le passé, à pardonner à sa femme ses liaisons pendant qu’il était en prison, ils n’avaient pas réussi à reprendre une vie commune. Ils divorcèrent en 1996, n’ayant vécu ensemble que cinq ans sur trente-huit années de mariage. La colère de Winnie était un terrible handicap et son insoumission trop virulente pour être exprimée par des mots. « Je ne regrette rien. Je ne regretterai jamais rien. Si c’était à refaire, je referais exactement la même chose. De A à Z. »
CAPE TIMES | NADIRA NAIPAUL

Un grave accident en route vers les obsèques de Mandela

Un grave accident de la circulation s'est produit sur la N1 Cape town Johannesburg notre équipe de reportage qui se rendait aux obsèques de MANDELA était là ...

Mandela: dernier hommage du président Zuma et départ pour Qunu



vendredi 13 décembre 2013

Les photos cachées de Mandela

[Photo n°1] En 1961, quelques mois après l’indépendance de l’Algérie, Mandela, alors dirigeant de l’ANC (African National Congress) et du Parti communiste d’Afrique du Sud, voyage au Maroc, à Oujda à la frontière algérienne, et rencontre les dirigeants historiques de la révolution algérienne pendant la guerre de libération dans un campement de combattants du FLN. Là-bas commence une collaboration entre les révolutionnaires sud-africains et algériens qui durera plus de 30 ans. Sur la photo on peut voir, en premier plan, Mandela à cette époque et 4 des futurs présidents de l’Algérie indépendante (BenBella, Boumediene, Chadli, Boudiaf). Au centre, Samora Machel de FRELIMO au Mozambique.

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[Photo n°1] Dans le désordre : Mandela, BenBella, Boumediene, Chadli, Boudiaf, Samora Machel
[Photo n°2] En 1962, Mandela dans l’Algérie déjà indépendante, accompagnant des officiers de l’exercice algérien pendant leur entraînement militaire, quelques mois avant de retourner en Afrique du Sud où il sera immédiatement arrêté.

[Photo n°2] Mandela et un officier algérien
[Photo n°2] Mandela et un officier algérien
 

[Photo n°3] En 1962, Mandela dans l’Algérie déjà indépendante, avec d’autres compagnons de l’ANC et des oficiels de l’exercice algérien, quelques mois avant de retourner en Afrique du Sud où il sera immédiatement arrêté.

 [Photo n°3] Mandela et plusieurs officiers algériens

[Photo n°3] Mandela et plusieurs officiers algériens
[Photo n°4] Toujours en Algérie avec un haut commandant de l’Exercice de Libération Nationale Algérien

[Photo n°4] Mandela et un haut commandant de l’Exercice de Libération Nationale Algérien
[Photo n°4] Mandela et un haut commandant de l’Exercice de Libération Nationale Algérien
[Photo n°5] Toujours en Algérie avec un des membres de l’Exercice de Libération Nationale Algérie

[Photo n°5] Toujours en Algérie avec des membres de l’Exercice de Libération Nationale Algérien
[Photo n°5] Toujours en Algérie avec des membres de l’Exercice de Libération Nationale Algérien
[Photo n°6] Toujours en Algérie avec un des membres de l’Exercice de Libération Nationale Algérien

 Toujours en Algérie avec des membres de l’Exercice de Libération Nationale Algérien

Toujours en Algérie avec des membres de l’Exercice de Libération Nationale Algérien
[Photo n°7] Autre photo plus récente que certains ne veulent pas voir et encore moins montrer

 Yasser Arafat, Nelson Mandela, Mouammar Kadhafien

Yasser Arafat, Nelson Mandela, Mouammar Kadhafien
Source : Nicaragua Socialista (483)

Que racontait le faux interprète lors de la cérémonie pour Mandela? (vidéo)

Un interprète "officiel" a traduit les propos incohérents tenus par le faux interprète lors de la cérémonie d'hommages à Nelson Mandela. Le résultat est assez poétique...
Que racontait le faux interprète Thamsanqa Jantjie lors de la cérémonie d'hommages à Nelson Mandela? N'importe quoi, bien entendu... © IMAGEGLOBE
L'image a fait le tour du monde. Lors de la cérémonie organisée mardi en mémoire de Nelson Mandela, un homme s'est fait passer pour un interprète en langue des signes lors des discours officiels des chefs d'État. La communauté des malentendants s'est rapidement insurgée contre les signes incohérents effectués par l'imposteur, et le gouvernement sud-africain a présenté des excuses formelles vendredi.
Mais que disait cet homme, qui ne semblait maîtriser qu'une dizaine de signes, au mieux? C'est la question qu'a posée Jimmy Kimmel, un animateur américain, lors de son émission. Aidé d'un traducteur "officiel", cette fois, il a décrypté les tentatives de constructions de phrases de l'imposteur.
"Bonjour, bienvenu jusqu'à présent. Eh bien, une cigarette rejoint. Apportant différent de vous. Un cercle. Et je voudrais prier cette offre. En gros, c'est drôle. Toutes ces boules pour prouver. C'est bon, je suis désolé".
On est donc loin des hommages empreints de gravité des chefs de gouvernements. Le faux interprète a affirmé avoir eu une crise de schizophrénie. Selon Bruno Druchen, directeur de la principale association de sourds sud-africains, il n'en était était pourtant pas à son coup d'essai.
 
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mercredi 11 décembre 2013

Dix choses que je retiens de Nelson Mandela

Le président sud-africain Jacob Zuma a annoncé ce jeudi soir la mort de Nelson Mandela
Nelson Mandela boxeur, au début des années 50 à Johannesburg, en Afrique du Sud (DR)

On avait de lui quelques vieilles photos noir et blanc. En boxeur, en jeune avocat au costume croisé impeccable, une raie au milieu du crâne, à Johannesburg, ou encore en rebelle clandestin défiant le pouvoir blanc.
Puis, plus rien, 27 ans d’isolement au bagne de Robben Island, au large du Cap, un quart de siècle au cours duquel Nelson Mandela, l’homme invisible, dont la presse sud-africaine n’avait même pas le droit de publier la photo, est devenu un symbole, mieux, un mythe. Non seulement dans son propre pays, mais dans le monde entier.
J’ai vécu quatre ans en Afrique du Sud, de 1976 à 1980, en plein apartheid, et j’ai vu les yeux des jeunes Noirs briller en prononçant le nom de cet homme qui était déjà en prison à leur naissance.
Lorsque le « mythe » est sorti de prison, le 11 février 1990, le monde entier l’a vu marcher fièrement vers la liberté, le poing levé. Et a eu peur d’être déçu.
Le journal d’Antenne 2, le 11 février 1990
L’homme s’est révélé à la hauteur du mythe. Il a su s’élever au-dessus de la vengeance, de l’intérêt partisan ou immédiat, pour sauver un pays qui s’enfonçait dans la guerre civile. Et il a réussi, même si l’Afrique du Sud post-apartheid n’a pas encore surmonté ses immenses problèmes.
De cet homme à la vie accomplie, qui occupe assurément une place à part dans l’histoire, je retiendrais dix éléments, non exhaustifs...
1

De sang royal


Nelson Mandela est de sang royal. Et il aurait pu perpétuer la tradition en devenant, comme son père, conseiller du roi des Thembu, un peuple installé au Transkei, dans l’est de la province du Cap.
Son prénom à la naissance en 1918 était Rolihlahla, ce qui signifie au sens figuré « fauteur de troubles »... C’est à l’école qu’on lui attribua le prénom Nelson qui restera le plus utilisé.
Le jeune Rolihlahla en tenue traditionnelle du Transkei (Archives SABC)
Mais il accéda à l’éducation par le biais des missions protestantes, et sa famille lui permit d’aller à l’université noire de Fort Hare, la première institution d’enseignement supérieur destinée aux Noirs en Afrique du Sud, s’éloignant définitivement de l’ordre traditionnel de la campagne.
C’est à Fort Hare, vivier d’une nouvelle génération de nationalistes noirs, qu’il rencontra Oliver Tambo, son ami pour toujours, et qui dirigea le Congrès national africain (ANC) en exil quand Mandela était en prison.
Dans leur vision rétrograde de l’Afrique, les autorités sud-africaines ont tenté de séduire Mandela en lui faisant miroiter son « royaume » perdu.

« Roi chez lui » plutôt que « roi des Sud-Africains »

Alors qu’il était condamné à la prison à vie, le pouvoir blanc lui a proposé, à plusieurs reprises, de le libérer à condition qu’il renonce à son action politique, qu’il accepte de s’installer au Transkei, devenu un « bantoustan », territoire semi-autonome détaché de l’Afrique du Sud.
Et on lui promettait de l’installer à la tête des Thembu pour que, à défaut d’être le « roi des Sud-Africains », il soit « roi chez lui », dans son village... Inutile de dire que Mandela a, à chaque fois, refusé cette offre indigne, et n’est sorti de prison qu’à ses propres termes, libre et conquérant.
Mais c’est néanmoins dans les collines du Transkei que Nelson Mandela a choisi de se retirer. C’est à Qunu (la langue Xhosa se prononce avec un clic, ce qui donne un impossible « Qxounou » en faisant claquer la langue), un petit village rural à l’est du pays, qu’il vivait depuis sa dernière apparition publique, à la Coupe du monde de football de 2010.
2

Jeune rebelle


Dans l’immédiat après-guerre en Afrique du Sud, le Parti national remporte les élections (blanches) avec un programme qui tient en un mot : apartheid.
Nelson Mandela fait partie d’une nouvelle génération de Noirs, éduqués, urbanisés, qui décident de dire non.
Le tout nouvel avocat, « monté » à Johannesburg, la plus grande ville du pays, capitale de l’or et des affaires, doublée de sa ville satellite noire Soweto, rejoint la Ligue de la jeunesse de l’ANC, le déjà vieux mouvement nationaliste fondé en 1912 par des pasteurs modérés.
Née en 1944, l’ANC Youth League (ANCYL) transformera le mouvement réformiste en formation de combat, d’abord pacifique et non violent à la Gandhi, puis, sous les coups de la répression, en parti clandestin doublé d’une branche militaire.
Nelson Mandela, Walter Sisulu, Oliver Tambo, Govan Mbeki... Une poignée d’hommes conduira cette marche inexorable vers la liberté. Elle le paiera au prix fort.
Nelson Mandela se présente au tribunal en 1956 à Johannesburg (DR)
Les années 50 ont révélé la personnalité de Mandela. Ce fut une décennie choc pour l’Afrique du Sud : les premières lois d’apartheid, la « campagne de défi » de l’ANC, l’alliance des congrès (l’ANC noire, le Congrès démocrate blanc, le Congrès indien, héritier de Gandhi, et le Congrès métis), et enfin la Charte de la liberté, adoptée en 1955, programme politique de changement radical du pays.
Dès les années 50, avant même le massacre de Sharpeville de 1960 qui précipita l’interdiction de l’ANC et son passage à la lutte armée, le mouvement avait préparé ses arrières. Ce fut le « plan M », M pour Mandela...
La confrontation était devenue inévitable. Nationalisme afrikaner contre nationalisme noir : cela ne pouvait se résoudre que par la force, avec un pouvoir afrikaner déterminé à instaurer dans ce cône sud de l’Afrique, allié aux colonies portugaises d’Angola et du Mozambique et au réduit blanc de Rhodésie (aujourd’hui le Zimbabwe), un bastion anticommuniste et résolument blanc.
Un groupe d’hommes représentait un obstacle sur ce chemin, avec à sa tête Nelson Mandela. Il sera neutralisé en 1963, après une longue traque qui s’achèvera dans une ferme isolée de Rivonia, près de Johannesburg. Les principaux dirigeants furent condamnés à la prison à vie et envoyés dans l’île dont ne s’évade pas, Robben Island, au large du Cap.
Le fourgon qui emmène Nelson Mandela et ses camarades après leur condamnation en 1964 (DR)
Pour les dirigeants blancs, cela devait être la fin de l’histoire.
3

Communiste ?


C’était une accusation du pouvoir blanc, une rumeur récurrente dans les milieux nationalistes, démentie par Nelson Mandela lui-même. Un historien britannique, Stephen Ellis, vient toutefois de publier un document trouvé dans des archives du Parti communiste sud-africain (SACP), et qui prouverait que Nelson Mandela a bien appartenu clandestinement à cette formation.
Dans les années 50 et 60, l’ANC, le mouvement de Mandela, a conclu une alliance avec le SACP, qui était alors un parti largement composé de Blancs. Par la suite, il a été très difficile de savoir quels leaders de l’ANC étaient également membres du Parti communiste.
Aujourd’hui encore, le SACP est toujours allié à l’ANC, ainsi qu’à la centrale syndicale COSATU, au sein d’un front qui soutient l’action gouvernementale.
Meeting du Parti communiste sud-africain en 1996 (Themba Hadebe/AP/SIPA)
Selon le document révélé par Stephen Ellis, datant de 1982, Nelson Mandela a rejoint clandestinement le Parti communiste sud-africain, et a même occupé des positions de responsabilité jusqu’à son arrestation et sa condamnation à la prison à vie.
Mais ce qu’ajoute Ellis, c’est que la principale motivation de Nelson Mandela n’était pas idéologique, mais pragmatique. Il y voyait un moyen d’entrer en contact avec les pays du bloc soviétique, les seuls susceptibles d’aider la lutte armée dans laquelle s’est engagée l’ANC après son passage dans la clandestinité au début des années 60.
Joe Slovo (Wikipédia)
Si c’était le but, ça a bien marché puisque l’URSS et ses alliés ont aidé l’ANC pendant ses années d’exil et de lutte. Le parti communiste sud-africain était dirigé à l’époque par Joe Slovo, un blanc d’origine lituanienne, que Le Figaro avait accusé, en pleine guerre froide, d’être un « colonel du KGB ».
J’avais rencontré Joe Slovo au début des années 80 à Lusaka (Zambie), et il en riait encore :
« Depuis le temps qu’on dit que je suis colonel du KGB, j’aurais pu avoir une promotion, on dirait que je suis coincé dans ce grade de colonel. »
Par la suite, Joe Slovo, dont la femme, Ruth First, fut tuée dans un attentat au colis piégé au Mozambique en 1982, a joué un rôle-clé dans les négociations qui ont mis fin à l’apartheid et permis l’élection de Nelson Mandela à la présidence. Il fit partie du premier gouvernement de l’Afrique du Sud post-apartheid jusqu’à sa mort en 1995.
L’ironie de cette révélation tardive sur les motivations non idéologiques du ralliement de Mandela au SACP rejoignent les critiques de l’extrême-gauche sud-africaine, qui reproche à l’ancien président d’avoir permis l’instauration d’une « démocratie bourgeoise » en Afrique du Sud, et d’avoir « sauvé » le système capitaliste.
4

A l’« université » de Robben Island


Les militants anti-apartheid qui étaient condamnés à une peine de prison à Robben Island disaient qu’ils allaient « étudier outremer », comme quand on part en Angleterre ou en Amérique...
Robben Island a été une grande école pour beaucoup d’entre eux, comme Jacob Zuma, l’actuel président sud-africain, qui n’a reçu aucune éducation formelle et dit avoir « tout appris » pendant ses dix années passées sur l’île.
L’influence des dirigeants historiques de l’ANC était telle que la direction de la prison finit par séparer le noyau dur des condamnés « à perpét’ », dont Mandela, de deux autres qui étaient appelés à être libérés un jour, pour éviter une trop grande « contamination ».
On a su après que les prisonniers avaient trouvé le moyen de s’échanger des messages, de recevoir des nouvelles de l’extérieur, et, miracle, que Nelson Mandela était même devenu « ami » avec l’un de ses gardes, James Gregory, qu’il avait converti à ses vues à force de discuter...
Photo exceptionnelle de Nelson Mandela et de Walter Sisulu au bagne de Robben Island (Anonyme)
J’ai eu l’incroyable privilège de participer à l’unique voyage de presse organisé en 1977 par le gouvernement sud-africain à Robben Island, alors que j’étais journaliste à l’AFP à Johannesburg.
Le but des autorités était de contrer un rapport de l’ONU faisant état de « mauvais traitements » contre les prisonniers, mais nos règles étaient strictes : interdiction de parler aux prisonniers, et soumettre les articles à la censure avant publication.
Nous avons ainsi pu déambuler dans cette prison fraîchement ripolinée pour notre arrivée, voir jardiner Nelson Mandela, Walter Sisulu, Herman Toivo Ja Toivo (le fondateur de l’Organisation du peuple du sud-ouest africain, la SWAPO, de Namibie), et les autres membres du « noyau dur ». Mais sans leur parler.
Nous avons pu voir la petite cellule de Nelson Mandela, avec, sur un tabouret près de son lit, la photo de sa femme Winnie, en tenue africaine traditionnelle faite de perles.

« La prison à vie dure toute la vie »

Dans la cellule de Govan Mbeki, le père du futur président Thabo Mbeki, je m’étonnais à voix haute de voir la Bible sur sa table de nuit, sans avoir réalisé qu’il était en train de nettoyer ses vitres de l’extérieur. Il m’interpella en riant : « Ça vous étonne ? ». Je lui répondis « oui » en le saluant. De retour au Cap, je fus accusé d’avoir violé les règles de la visite...
Une fois revenus au Cap, nous eûmes droit à une conférence de presse du ministre de la Justice d’alors, Jimmy Kruger, qui, à la question d’une éventuelle libération de Nelson Mandela, répondit avec arrogance :
« En Afrique du Sud, la prison à vie dure toute la vie. »
C’était en 1977. L’année de la mort de Steve Biko, le leader étudiant noir tabassé par des policiers, mais dont Jimmy Kruger avait d’abord affirmé qu’il s’était « cogné la tête contre un mur de désespoir », faisant rire tout le parlement blanc.
Personne ne pouvait alors imaginer que le prisonnier de Robben Island serait un jour président d’une Afrique du Sud non raciale et démocratique.
5

Le réconciliateur


Dans sa plaidoirie à son propre procès, un texte magnifique et exemplaire, Nelson Mandela a déclaré qu’il luttait pour une Afrique du Sud « non raciale », et qu’il était « prêt à mourir » pour cet idéal.
Vingt-sept ans plus tard, allait-il rester fidèle à cet idéal ? La prison n’aurait-elle pas créé un désir de vengeance, à la mesure de l’oppression subie par la majorité noire d’Afrique du Sud en trois siècles de colonialisme et d’apartheid ?
Dès son discours à la foule réunie au Cap pour saluer sa libération, Nelson Mandela a montré qu’il n’avait pas changé, et que c’est un homme d’Etat, conscient de son rôle historique à un moment charnière, qui sortait de l’ombre.
Il l’a montré tout au long de la période de transition et lors de son unique mandat à la tête du pays, tentant de surmonter les blessures béantes de décennies du pire système de discrimination raciale institutionnalisée que l’homme ait jamais imaginé.
Nelson Mandela remet la coupe du monde au capitaine des Springboks en 1995 (Courrier international)

Rugby, sport blanc, foot, sport noir

Clint Eastwood a immortalisé l’un de ces gestes avec son biopic « Invictus », consacré à la victoire de l’Afrique du Sud à la Coupe du monde en 1995.
A l’époque de l’apartheid, dont il faut rappeler qu’il interdisait toute activité multiraciale, le rugby était le sport blanc par excellence, et le foot le sport noir.
Comme le montre le film, s’engager comme il l’a fait auprès de l’équipe des Springboks était un moyen de faire passer un message de réconciliation aux Blancs. Et la victoire est venue couronner un geste hautement symbolique.
Nelson Mandela a eu l’habileté, l’intuition et aussi le bon sens politique de jouer sur la fibre sportive de tous les Sud-Africains, quelle que soit la couleur de leur peau, pour les unir autour de l’éphémère « nation arc-en-ciel ».
Bande annonce, Invictus par Clint Eastwood
6

Des chemises classes


Nelson Mandela le « trend setter », le faiseur de mode ! C’est au retour d’un voyage en Indonésie en 1994 que Nelson Mandela a demandé au styliste sud-africain Yusuf Surtee (dont on retrouvera par la suite le nom dans un scandale politico-financier) de lui dessiner les chemises amples et colorées qu’il porte presque tout le temps, ne sacrifiant qu’exceptionnellement au costume-cravate. Un style est né.
Diaporama des chemises de Nelson Mandela sur un site sud-africain (Iol News)
Le protocole de Sa Majesté britannique n’en revient toujours pas : même à Buckingham Palace, on a pu voir le dirigeant sud-africain porter une magnifique chemise noire en soie et satin, alors que tous les convives étaient en « pingouin », nœud papillon et smoking.

Mgr. Desmond Tutu, autre prix Nobel de la paix sud-africain et farouche militant anti-apartheid, avait à l’époque critiqué le style vestimentaire de Nelson Mandela.

Réponse de l’intéressé : « C’est étonnant, venant d’un homme qui porte des robes »...
7

De piètres héritiers


Nelson Mandela a eu l’intelligence de ne faire qu’un seul mandat à la tête de l’Afrique du Sud, estimant qu’il avait accompli sa « mission » en permettant une transition sans bain de sang, un début de réconciliation, et en mettant sur pied des institutions démocratiques.
Cette décision exemplaire, antithèse de l’acharnement à rester au pouvoir d’un Robert Mugabe dans le Zimbabwe voisin, ou de trop de despotes africains dans l’Histoire, était doublée de l’assurance d’avoir un successeur digne de ce nom.

Thabo Mbéki (à g.) et Jacob Zuma (à dr.), deuxième et troisème présidents de l’Afrique du Sud post-apartheid, en 2007 (Jerome Delay/AP/SIPA)
Thabo Mbeki avait tout pour lui. Fils de Govan Mbeki, l’un des compagnons de prison de Nelson Mandela, éduqué à l’étranger, l’un des dirigeants de l’ANC en exil pendant la traversée du désert, il avait le pedigree, la formation, l’expérience...
Mais « Thabo », comme l’appellent les Sud-Africains, n’a pas été à la hauteur. Son incroyable obsession à nier le lien entre le VIH et le sida, et donc à refuser le recours aux thérapies qui ont sauvé tant de vies depuis leur découverte, a permis à l’épidémie de faire des ravages. Et il a laissé se développer une bourgeoisie noire sans entamer l’océan de pauvreté laissé en héritage par le système de l’apartheid.

Zuma a déclaré avoir pris une douche pour se protéger du sida, le caricaturiste Zapiro le représente toujours avec un pommeau de douche
Mbeki a été démis par son rival Jacob Zuma dans un coup de force interne à l’ANC en 2008, mais celui-ci soulève plein d’autres questions aux yeux de nombreux Sud-Africains :
  • éthiques après son implication restée sans suite dans une affaire de corruption liée à des achats d’armes ;
  • éthiques encore après son procès et sa relaxe pour viol d’une jeune fille séropositive ;
  • ou encore sur sa polygamie assumée, et ses dépenses fastueuses dans son « kraal » natal, le village du Zoulouland où il a son fief.
Nelson Mandela a eu le mérite, mais peut-être aussi le tort regrettent certains Sud-Africains, de ne plus se mêler des affaires de l’ANC ou de l’Etat après avoir passé le relais à Thabo Mbeki en 1999. Mbeki et Zuma ont préservé l’héritage de Mandela, des institutions démocratiques et l’absence de vengeance vis-à-vis des Blancs.
Mais ils n’ont pas relevé les autres défis post-apartheid auxquels Mandela n’avait pas pu s’attaquer, et en premier lieu celui de la crise sociale qui a récemment explosé dans la tuerie de la mine de Marikana en août 2012.
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Winnie l’indomptable


Nelson et Winnie Mandela après la libération du leader de l’ANC (Capture d’écran)
L’histoire retiendra l’image de ce couple qui marche fièrement, le poing levé, à la sortie de prison de Nelson Mandela, cette belle journée du 11 février 1990. Nelson et Winnie.
Ça ne durera pas, et le président devra se séparer de son épouse deux ans plus tard, alors que Winnie est impliquée dans un scandale à propos de la mort d’un jeune militant anti-apartheid maltraité par les partisans de la « Première dame » avant l’heure.
La belle Winnie a été la deuxième femme de Nelson, et un sacré caractère. Je l’ai vue tenir tête à des policiers surarmés en juin 1976 à Soweto, alors que des dizaines de jeunes écoliers venaient d’être fauchés par les balles des forces de répression. Face à un officier afrikaner, cette femme, qui venait de créer le « Black Parents Committee » pendant la nuit, se dressait et lui disait fièrement :
« Vous savez qui je suis ? Je suis la femme de Nelson Mandela. »
A l’époque, Nelson Mandela croupissait en prison, et le pouvoir blanc était à son apogée. Winnie était une combattante, et si le nom de Mandela a pris la force d’un tel symbole pendant qu’il était en prison, il lui doit beaucoup.
Mais elle était aussi incontrôlable, farouchement indépendante et incapable de se plier à la discipline d’un parti. Aujourd’hui encore, elle reste un électron libre et radicalisé au sein de l’ANC, populaire parce que rebelle. Populaire aussi parce qu’elle a été « la femme de Nelson Mandela », la mère de ses deux filles, Zinzi et Zenani.
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Graça, femme de deux présidents


Nelson Mandela avec sa femme, Graça, lors de la coupe du monde de football en 2010 (Luca Bruno/AP/SIPA)
Le jour de ses 80 ans, Nelson Mandela se remarie pour la troisième fois. Graça, la femme qui l’accompagnera dans ses années de vieillesse jusqu’à la mort, devient ainsi un cas exceptionnel dans l’histoire : elle aura été l’épouse de deux chefs d’Etat.
Graça a en effet été la femme de Samora Machel, le leader du Front de libération du Mozambique (Frelimo) puis président du Mozambique, l’ancienne colonie portugaise voisine de l’Afrique du Sud. Samora Machel est mort en 1986 dans un accident d’avion sur le sol sud-africain, un crash encore entouré de zones d’ombre jamais élucidées.
Le Frelimo et l’ANC étaient compagnons d’armes, deux mouvements de libération engagés dans la lutte armée contre des pouvoirs blancs. Par la suite, le Mozambique a payé au prix fort son soutien à la lutte de l’ANC contre Pretoria, une déstabilisation meurtrière, le soutien sud-africain à une guérilla impitoyable.
Graça, veuve de Samora Machel, s’est rapprochée de Nelson Mandela pendant les années de solitude qui ont suivi le départ de Winnie.
Mais leur mariage ne fut pas simple. Il fallut négocier avec le clan Machel au Mozambique, et c’est le chef traditionnel du clan Mandela au Transkei qui se chargea de la « transaction ». On a beau être entre anciens combattants de la liberté, il est des traditions qui perdurent.
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Hugh Masekela


Le musicien sud-africain Hugh Masekela lors d’un concert à Londres pour ses 70 ans (Richard Gardner/Rex Features 1061512b via SIPA)
Le nom de Hugh Masekela est irrémédiablement associé à celui de Nelson Mandela. Ce grand musicien sud-africain appartient à cette génération d’artistes noirs qui a émergé dans les années 50, décennie de bouillonnement culturel et politique.
Miriam Makeba, Todd Matshikiza, Dollar Brand (devenu Abdullah Ibrahim), font partie de ce groupe qui faisait swinguer Soweto, tandis que Mandela et la « Youth League » accéléraient de leur coté le tempo politique et radicalisaient l’ANC.
Plus tard, en exil tandis que Mandela croupissait encore à Robben Island mais que sa libération était demandée par le monde entier, Hugh Masekela composa une chanson mobilisatrice, à un moment où les chances de revoir un jour le leader de l’ANC libre étaient encore faibles.
Intitulée « Bring back Nelson Mandela » (« Ramenez-nous Nelson Mandela »), la chanson joyeuse et entraînante de Hugh Masekela, trompettiste à la Miles Davis, fit danser toute l’Afrique.
Avec un refrain clair et net :
« Bring back Nelson Mandela, bring him back home to Soweto ;
I want to see him walking down the streets of South Africa ;
I want to see him hand in hand with Winnie Mandela. »
(« Ramenez-nous Nelson Mandela, ramenez-le chez lui à Soweto ;
Je veux le voir marcher le long des rues d’Afrique du Sud ;
Je veux le voir la main dans la main avec Winnie Mandela. »)
Hugh Masekela, bring back Nelson Mandela, 1987
MERCI